Une journée en enfer

Publié le par Gérard PIEL

Une journée en enfer

Avec Jean- Marc Coppola et Cécile Dumas, nous avons passé la journée d'hier à la rencontre des sinistrés et des agents des services publics sur le terrain depuis la nuit de samedi à dimanche.

Les premières visites concernaient les sites de compétences régionales, la gare de Cannes qui venait d'être rénovée, où les cheminots recommencent à faire circuler quelques trains mais les stigmates de la catastrophe sont encore bien présents, les machines hors-service, les passages souterrains remplis d'eau, la boue partout…

Puis direction le lycée Jules Ferry qui est fermé car sans électricité.

Pour ce faire nous empruntons le boulevard de la République et, dès le début, nous constatons la désolation, avec l'union locale CGT ravagée dans sa totalité, il ne reste rien du local qui permettait aux salariés cannois de trouver écoute et organisation ! Rien, plus d'ordinateurs, de photocopieurs, du mobilier, rien des archives, des luttes passées. Les camarades sont là, le nettoyage est en cours… Si l'union locale s'est retrouvée dans ces locaux municipaux c'est par ce que le maire a exigé de récupérer les locaux de Fortville.

Le boulevard de la République est jonché de débris, des voitures sur le toit, la chaussée défoncée, c'est une véritable scène de guerre que nous traversons jusqu'au lycée où Jean-Marc Coppola est attendu tout comme monsieur le Recteur que nous attendons une demi-heure. Les dégâts sont minimes, la plupart des personnels, agents régionaux des lycées, professeurs, sont là en tenue de « combat », belle mobilisation.

Puis direction Antibes en traversant Vallauris ou là-aussi les dégâts sont importants et, là aussi comme à Mandelieu où j'étais dimanche, les collines sont mitées de logements, villas, piscines, etc.

Dans le quartier des Semboules, nous rencontrons la famille O. dont le logement a été ravagé. Il ne reste rien pour ces cinq personnes. Heureusement, les deux enfants les plus jeunes n'étaient pas dans leur chambre samedi soir. Pour eux comme pour des centaines d'autres familles, la question du relogement temporaire est urgente et ce n'est pas les nuits d'hôtel qui vont la résoudre.

Cécile Dumas propose aux maires des villes concernées de réquisitionner les résidences hôtels où ce sont des appartements qui peuvent être mis à disposition car l'hébergement va durer malheureusement.

J'avais promis à Madame S. que nous ne l’oublierons pas. Cette dame vit dans une caravane déglinguée. Cela fait dix jours que nous l'accompagnons afin qu'elle retrouve un logement auquel elle a droit. Heureusement elle a pu fuir avant le pic du cataclysme mais sa « maison » a souffert comme les camions, voitures, cabanes, garages, caves où des centaines de familles « vivent » sur la Côte d'Azur. Sa chance s'est d'être entourée, elle est actuellement hébergée.

La gare de Biot à quelques centaines de mètres de là vient d'être rouverte. Les cheminots sont présents en nombre. Là aussi la force du service public est palpable, là aussi la mobilisation a été exemplaire. De nouveau les trains s'arrêtent.

Un autre service public en difficulté, les studios de France 3 privée d'électricité.

Nous disons à son rédacteur en chef notre solidarité et notre soutien. Du coup, nous ne pouvons que saluer le rôle déterminant, solidaire, des médias, FR3, France Bleu Azur, Nice-Matin… Juste à côté des studios, le camping du Pilône. Eric Pauget est entouré de bénévoles, d'amis. Là aussi la solidarité dépasse les clivages, là aussi c'est une histoire de femmes et d'hommes solidaires, fraternels.

Nous rejoignons Biot, les HLM du Plan, désolation, devant chaque maison la vie des gens à la rue, dans la rue et pourtant ça résiste, ça se bat, ça nettoie, ça séche… Plutôt que de faire des déclarations politiciennes Mme Estrosi-Sassone, présidente de Côte d'Azur Habitat, ferait bien d'envoyer du personnel à moins qu'elle ait carrément oublié que les HLM St Jean sont propriété de CAH !

Nous rencontrons Ghislaine Debras, maire de Biot, qui parcours son village dans tous les sens, 1 000 sinistrés sur 10 000 habitants. Là aussi Solidarité.

Le long de la Brague, pompiers, OWF, Force 06, municipaux sont à l'ouvrage mais aussi policiers, CRS, présents pour traquer les pilleurs et les voyeurs,

Nous terminons cette journée chez un couple de camarades dont la maison a subi la catastrophe. Des amis sont là pour aider, réconforter. Trois voitures sont venues s'encastrer chez eux. Il n'y a plus de route d'accès qui dessert le quartier (une vingtaine de maisons). La passerelle posée par l'ancienne municipalité a été arrachée et s'est encastrée à 5 mètres de hauteur, le pont Muratore est fracassé un peu plus loin la pépinière Bedel est transformée en parking.

Bien sûr cette vision est partielle mais les élus que nous sommes doivent être présents sur la durée. Nous ne sommes ni furtifs ni virtuels mais des hommes et des femmes qui partagent la vie des gens.

Et pendant ce temps, les sbires du FN collaient des affiches pour les élections régionales . Une façon d'être sur le terrain pour la maréchale Le Pen !

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