Apprendre à vivre !

Publié le par Gérard PIEL

Pour passer un bon été, voici la deuxième nouvelle, cruelle et drôle. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite... Bonne lecture !

J’avais neuf ans, mes parents ont pensé qu’il était temps que je découvre les joies de la colo. Cela tombait bien, notre commune organisait chaque été des séjours dans l’arrière pays, la gestion en était confiée à la paroisse. Il faut que je vous dise :

- Mes parents étaient des réfugiés espagnols, mon père avait sauvé sa peau de justesse, en France ils avaient participé à la Résistance avec les FTPF, un rouge quoi !


Donc la colo.

Arrivé un samedi dans l’après-midi, installation et dîner, avant d’inaugurer nos assiettes en Arcopal, la prière ! Je ne connaissais pas, alors j’ai marmonné en remarquant qu’il y avait deux condisciples qui, eux, ne pratiquaient pas. J’ai donc demandé à l’apprenti-curé chargé de surveiller les repas, comment fallait-il faire pour ne pas prier.

- Mais tes parents ont rempli une fiche, tu pries et demain, l’église.

Voilà sa réponse, tout en me frottant vigoureusement la tête.

 

J’ai donc été voir les deux exemptés, Mamed et Simon :

- Nos parents ont stipulé que nous ne pratiquions pas.


J’ai appris plus tard que José Moranda, mon père, avait coché la case « croyant » pour que je ne sois pas stigmatisé. Raté.

 

Le dimanche matin, un curé confirmé venait pour me réciter la messe, à l’époque en latin. J’ai refusé de participer et là, cela a mal tourné. On m’a obligé à rester devant la chapelle alors qu’un orage d’été ouvrait ses vannes. L’apprenti-curé m’a dit :

- Tu vois Dieu t’a puni.

 

Trempé de la tête aux pieds, je n’ai pas pu me changer, j’ai donc séché après la pluie.
Le dimanche était aussi le jour de l’économat où l’on pouvait acheter bonbons, cartes postales et Opinel… L’Opinel numéro 8 pour jouer au « planté de couteau ». Défaire le cran du couteau, le déplier, mettre la molette de sécurité, appuyer légèrement la pointe sur le dos de la main, après un looping la lame doit se planter dans la cible tracée au sol.

Je jouais avec Mamed et Simon, tranquilles, quand nous avons vu arriver un groupe d’enfants amenés par deux frères, des jumeaux, dont l’un tenait un carton et à quelques pas derrière eux, l’apprenti-curé. Ils me passèrent le carton tenu par une ficelle autour du cou et, je me retrouvais avec une pancarte où était écrit « cochon », voilà comment ils avaient décidé de me punir. En me redressant, je serrais fort l’Opinel, Mamed comprit, il posa sa main sur mon épaule ;

- Calme !

Il déchira le carton et, ensemble, nous fîmes face à la meute moqueuse. Le séminariste recula puis tourna les talons en faisant virevolter sa soutane.

 

J’ai tenu une semaine et le dimanche suivant mes parents sont venus me chercher.

J’ai toujours le N°8 qui n’a jamais blessé personne, lui.

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