La justice : un malheureux concours de circonstances

Publié le par Gérard PIEL

Voici la 5e nouvelle, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite. Bonne lecture !

Je m’appelle Jean Signori, je suis un voyou mais, attention, je suis propre, nickel, pas de casier, une vraie rosière. C’est pour cela que l’on fait souvent appel à moi pour les travaux spéciaux. Vingt mille euros pour moi et quinze mille pour mes équipiers, on doit nettoyer un squat, un ancien hôtel sur le littoral occupé par des Roms.

Le promoteur veut commencer les travaux et, pour cela, il faut démolir. Les gens du quartier sont excédés par cette occupation, dixit un élu d’extrême-droite.

Moi, je ne fais pas de politique, je bosse. La procédure prend trop de temps, c’est ce que dit le donneur d’ordres. Il a pris quelques précautions, la police, le maire sont prévenus « cela se passera bien ». Les forces de l’ordre pourront sécuriser le site une fois dégagé.

Victor, Boris, Yvan et un quinze tonnes avec benne, des tenues noires, des brassards « sécurité » ! On y va. Cinq heures, l’effet de surprise, on aboie, on bouscule, on nettoie. Quelques voisins nous encouragent, ils seront moins farauds quand ils découvriront le mur de béton qui cachera « la vue mer ». Une heure pour remplir la benne, les femmes, les hommes et les enfants sont maintenant hors site. Les forces de l’ordre vont pouvoir arriver avant que les soutiens ne rappliquent. Je mets le contact, marche arrière, un petit choc « j’ai du passer sur quelque chose ».

Victor toque à la vitre :

- « Arrête ! Tu as écrasé un enfant ! »

 

- Je ne sais pas comment elle a fait à se glisser sous les roues. Je n’ai rien vu, monsieur le Juge. Vous savez, il fallait faire vite.


J’ai pris un mois avec sursis et une amende qui sera payée par le donneur d’ordres. La séance a duré moins d’une heure, on a même pas prononcé le prénom de la fillette et je ne sais toujours pas son âge. Les parents n’ont pas arrêté de pleurer. Ils n’ont rien compris au procès, sans traducteur c’est difficile.

Mon casier est toujours vierge.

 

Le président a conclu par cette phrase anodine :

- Un malheureux concours de circonstances.

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