Le carnage de l’Issole

Publié le par Gérard PIEL

Voici la 3e nouvelle, plus cruelle et moins drôle... Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite... Bonne lecture !

L’Issole sort de terre sous le sommet de Denjuan, elle rejoint le Verdon à Saint-André-les-Alpes. Belle rivière à l’eau pure, aux galets blancs, elle frôle la clairière du Rouis qui la surplombe d’un à-pic de plus de cent mètres.

C’est là que Jacky a posé son troupeau, deux cent cinquante brebis Merinos, deux boucs et vingt-cinq Têtes rousses gardés par un patou, deux border-collie et l’âne. Avec son apprentis, ils ont passé la nuit dans une grange avant de poursuivre la transhumance vers les sommets. Les nuits sont courtes en montagne, dès six heures branle-bas de combat, café, tartines et en avant !

- Va au troupeau, je range.


Le petit obéit, parcourt le kilomètre qui sépare la grange des animaux et revient vite, trop vite.
- Qu’est-ce qui se passe ? Parle au lieu de pleurer.


Jacky prend sa carabine, remplit une poche de cartouches et court….
L’horreur ! Des brebis déchirées, lacérées, saignantes, certaines sans vie, d’autres agonisantes. Le berger avance, il arme sa carabine. Il découvre une dizaine de bêtes tremblantes sous les frondaisons de la forêt. Il continue d’avancer. Le patou est ouvert sur tout le côté droit, mordu au cou lui aussi comme les moutons. Jacky s’approche du ravin et découvre le carnage, la peur a fait sauter les brebis, beaucoup sont mortes, d’autres cassées, éparpillées. Les insectes sont déjà l’œuvre. Le berge sort ses jumelles et découvre la catastrophe, chaque plaie est recouverte de mouches, de guêpes, de papillons, les abeilles sont à l’œuvre sur la moelle des eaux cassés, le miel sera gras cette année, les nepes de la rivières se régalent aussi. Choucas et pies commencent à s’approcher. Le berger aperçoit Ready, un border-collie, qui a été entraîné dans la chute. L’âne et Go, son deuxième chien berger, ont disparu, tout comme les boucs. Je suis à deux pas derrière le berger et son apprenti, ils sont anéantis. Je leur demande si je peux photographier.
- Oui, vas-y, tu l’as ton reportage sur le bien-être animal !


Je suis journaliste pour « La vie sauvage », je devais faire un papier sur l’intégration du loup dans les Alpes après les dernières mesures gouvernementales.
Les photos suffiront.

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