Folle…

Publié le par Gérard PIEL

Voici la 9e nouvelle, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite. Âme sensible s’abstenir.

 

Si vous lisez ce mot, n’attendez pas pour avertir la police !

Voilà comment débute le papier que je viens de ramasser sous les fenêtres de l’asile St Eustache. Ça continue ainsi :

Je m’appelle Marine, je suis enfermée là depuis douze ans. A l’époque j’avais dix ans et cela faisait des mois que mon père me violait régulièrement avec la complicité passive de ma mère. A chaque fois que j’ai voulu lui parler, elle me tournait le dos et, quand elle s’absentait, il en profitait.

A dix ans avec un papa violeur qui vous susurre des gentils mots, qui vous câline, vous restez pétrifié comme hypnotisé. Puis la honte, la haine qui vous gagne, qui efface tous les autres sentiments, même la peur. Je n’en pouvais plus, je me détestais et lui, plus encore.

Cet après-midi là j’étais dans ma chambre, un ciseau caché sous mon livre posé sur la table de nuit. J’avais regardé sur Internet, le plus facile c’était le cou, la veine jugulaire. Avec un peu de chance, j’en toucherais une.

Ma mère était partie, il est entré, il m’a abreuvé de : « ma petite princesse », « ma chérie », « je t’aime ». J’avais envie de vomir quand il a abaissé mon jogging pour me caresser, mes dents ont grincé. Il est monté sur moi, ma main tâtonnait sous le livre, ça y est je le tenais, quand il m’a littéralement écrasé de tout son poids. Un âne mort, mort il l’était, juste un râle et plus rien. Je n’avais rien fait. Je suffoquais. J’ai compris que j’étais prisonnière sous ce tas de viande. J’ai hurlé, appelé, personne ne m’entendait. Alors, je me suis glissée petit à petit, centimètre de peau par centimètre de peau, enfin libre !

Dans le couloir, j’ai tapé chez les voisins. Plus aucun son ne sortait de ma bouche. Ils m’ont suivi mais n’ont pas tout compris. Ils ont appelé la police. Les flics sont arrivés en même temps que ma mère qui m’a dit : « qu’est-ce que tu as fait ? ».Je lui ai sauté dessus, griffé, tapé.

Les policiers m’ont amené au poste puis à l’hôpital, les médocs ont commencé et n’ont jamais cessé. Cela fait seulement dix jours que je simule la prise des pastilles, voilà pourquoi j’écris ce mot, sauvez-moi !

En terminant la lecture, j’entrai dans la cour de l’asile en demandant que Madame Têtard, l’infirmière en chef me rejoigne immédiatement dans mon bureau.

- Regardez ce que j’ai trouvé. Vous savez ce qui vous reste à faire.

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