Les cahiers d'Antibes - 13

Publié le par Gérard PIEL


L’entrée dans le XIVe siècle se fait avec un nouveau nom pour la ville devenue Antiboul. Il y a moins d’habitants que les décennies passées, peut être 200 ou un peu moins. La méfiance et l’irrespect envers les puissants sont toujours la marque des Antibois.
Les syndics gèrent les intérêts d’Antiboul et défendent ses libertés. A plusieurs reprises, au début du siècle, la famine est présente, il faut alors négocier du blé avec des provinces lointaines. La peste qui a frappé l’Italie en 1392 a apporté des immigrants qui s’installent dans le pays antibois.
En 1410, il faut de nouveau une révolte pour imposer aux seigneurs la limitation du temps de travail. Déjà à l’époque, les ancêtres des maîtres des forges étaient sans pitié, il fallait une révolte pour les faire plier.
La commune crée aussi des taxes et des impôts pour se doter de moyens financiers et gagner petit à petit une certaine indépendance par rapport aux seigneurs, taxes sur l’ancrage des bateaux, taxes prélevées sur les transports y compris terrestres, taxes appelées « rèves » sur la vente du vin, des fruits et de la viande. Puis une nouveauté, l’emprunt avec des intérêts faramineux, emprunts souvent accordés par les Grimaldi !

Le XIVe siècle c’est aussi la frontière avec le pays de Savoie et de Nice. Cette frontière, le Var, donne à Antibes un rôle de place forte. Souvent les bandits niçois passent le Var et viennent piller les quelques « richesses » de la rive droite. Une nouvelle fois les campagnes de Vallauris, de Biot sont entièrement détruites. Les habitants réfugiés derrière les remparts d’Antibes regardent impuissants les pillages successifs.
Et pour clôturer cette période de misère, une nouvelle épidémie de peste décime la région en 1470.

Petit à petit les broussailles gagnent du terrain, Vallauris et  Biot sont abandonnées. A Antibes le trafic maritime est pratiquement abandonné, l’artisanat périclite, les paysans sont ruinés. Vallauris est désertée pendant des décennies, aucune famille ni habitera. Biot subit le même sort au XVe siècle et Antibes compte seulement 80 feux (familles). Le pire recensement aura lieu à la moitié du XVe siècle, Antibes sera imposée sur 17 feux, Grasse sur 80 et Cannes sur 5 ! C’est à ce moment que battu en Italie, le roi René rentre en Provence et relance enfin l’économie.
Homme généreux, ayant le souci du bien-être et du vivre en paix, il décide de reconquérir les friches et les terres dépeuplées. Plutôt que de s’épuiser dans des guerres incessantes, il acte des traités de commerce avec Gênes et Venise assurant ainsi la libre circulation maritime des marchandises. En cela, le roi René était déjà un européen et un adepte du marché commun.
A chaque fois que les syndics feront appel à lui pour arbitrer les conflits avec les seigneurs ou les évêques, il donnera raison au peuple y compris face à ses fonctionnaires trop zélés. A la fin du XVe siècle les Grimaldi ont partagé les seigneuries avec les comtes de Lascaris ou ceux de Gêne. Cette multiplication des seigneurs ne fait pas l’affaire du peuple qui subi de nouveau le diktat de ces « nouveaux riches » : interdiction de pécher à moins de payer « le madier » qui équivaut au ¼ du poisson, obligation de laisser paître les troupeaux des seigneurs sur les terres communales !
Régulièrement le roi René sanctionne les puissants et donne raison au peuple. Il meurt en 1480 et une guerre de succession aura lieu. Elle mettra fin au XVe siècle, au Moyen-âge, en liant le comte de Provence au royaume de France.

Publié dans Cahiers d'Antibes

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